05/12/07
La nostalgie de l'humour m'est encore étrangère
"L'humour, pour s'exercer à plein rendement, suppose la vie dans la mort. C'est une de ses vertus, une de ses significations premières. Mais l'humour est aussi tragique: il remet le monde en doute en tant que tel, il remet en cause la légitimité du monde. Ce n'est pas un jeu, une facétie comme l'ironie qui prend le monde pour ce qu'il est. L'humour m'a soulagé, vengé du monde. Mais il ne doit pas épargner celui qui l'exerce. Il suppose donc aussi une contestation de soi-même. Pas la haine de soi, trop excessive. Il faut qu'il s'accroche par quelque chose au monde pour s'épanouir."
Jean-Paul Aron, "Mon Sida", Le Nouvel Obervateur, octobre 1987.
De retour de Montreuil, des crayons et des mots pleins les yeux, quelques sommes rondelettes délestées de mon compte en banque par la même, m'attendaient ces quelques mots pour retirer à terre et élever en même temps. Le 1er décembre, entre deux trains ou deux lits, j'avais mon coeur à l'oeuvre moi aussi, rien n'est malheureusement fini.
A lire JP Aron le soir de mon retour, j'ai regardé nos jours et je me suis dit que puisque nous riions
toujours autant, que nous n'avions pas encore la nostalgie de l'humour, nous étions bien en vie, alertes et aux aguêts de ce qu'il y aura "encore après". Tant de chance et d'indécence, aussi, parfois, dans les complaintes, je parle pour moi.
Et parce que pour la 1ère fois, j'ai vraiment trouvé que le Téléthon avait un slogan percutant, non pas que le slogan y soit pour quelque chose dans le don, je relaie, c'est un week-end par an et c'est ce week-end précisément.
26/11/07
de la pluie et des mots, et un train aussi
Every night I look to the skies and wonder what we did. / Always a naive point of veiw that breaks us in the end.(...) It's now and always,/ How did we get this far, / did we get this far, now? / Always, / We're making a brand new start, / just a brand new start, now.(...) / Wave goodbye to me!/ Around the world,/ I'll find out why we came to be. / Around the world,/ the secret lies in side of he. / Around the world, / I'll find the hero inside me./ But don't run away,/ 'cause if it's not okay,/ I'll change that world,/ into something better, honey.(...) If you wanna be somebody,/ get up on your feet and go!!! [Around the world, Monkey Majik]
Cultivate your hunger before you idealize / Motivate your anger to make them all realize / Climbing the mountain, never coming down / Break into the contents, never falling down.(...)Don't try to live so wise / Don't cry 'cause you're so right / Don't dry with fakes or fears / 'Cause you will hate yourself in the end // You say, "Dreams are dreams. / "I ain't gonna play the fool anymore." / You say, "'Cause I still got my soul."(...) Reflection of fear makes shadows of nothing, shadows of nothing. [Wind, Akeboshi]
Je me suis surprise à ressortir mes disque d'Akeboshi, ça faisait un certain temps, j'ai posé l'oreille un jour par hasrd à cause de ses pochettes d'albums et puis j'y suis resté un peu, pas assez longtemps, pas encore le bon moment, peut-être maintenant. Il pose ses mains sur de l'écorce , partirait bien vers des chemins herbeux plus seuls plus loin, et surtout il aime le train autant que moi ou presque, j'hésite et finalement livre le trajet en vidéo. De retour dans mes oreilles en chemin il trouve par hasard les mots justes, qui se combinent avec ceux d'autres gens qui ne chantent pas toujours dans leur langue maternelle, en l'occurence Monkey Majik (dont j'adore plus souvent les clips que la musique, c'est étrange) pour le premier segment.
Photos de pluie de Bob Sosin, "City Rain" ou le monde comme je le vois dès que je pose un peu les carreaux.
En ce moment la fatigue me fait me sentir terriblement adolescente, à rire nerveusement en sautant partout, à écouter de la pop à tout va ces jours-ci et des hurlements ces jours-là, ça aussi c'est étrange.
17/11/07
Where the worms are

...deux découvertes coup sur coup qui se répondent parfaitement...
Kris Kuski maîtrise tant et si bien le réalisme le plus photographique comme le grotesque des jugements derniers d'apocalypse et le crayon sur la feuille qu'il transforme la précision graphique en gravure dignes de la Renaissance la plus troublée de gisants et de décharnés, bienvenue dans le fantastique des danses macabres du XXIème siècle...
Son Jugement Dernier m'a irrémédiablement fait penser au Zeus et Sémélé de Gustave Moreau qui surplombe mon bureau dans les Vosges, superbe et hiératique, atroce et magnifique.
Sil van der Woerd, en réponse et parallèle, qui, après le déjà intéressant objet visuel Swim, a tout récemment réalisé une superbe vidéo pour la chanteuse Lolly Jane Blue, Worms : sombres visions, hiératisme et superbe là aussi, on y verra des échos d'images précédentes...
12/11/07
Evergreen
Je sors de la Forêt de Mogari. Apaisement temporaire, je me rends compte que même cela, ce n'est pas assez. J'étouffe légèrement dans ma pas si nouvelle vie. D'où mes posts cahotiques, tout l'est un peu en ce moment.
Toujours est-il que pendant la durée du film, plongée dans sa forêt du Kansaï (je me suis surprise à sourire au bout de parlé -ben glissé, traduit en "il n'y a pas de règles formelles, sais-tu", bien incapable de comprendre mais perception du parler différent, qu'elle a dit apaisant, et j'étais d'accord avec elle), je me suis sentie comme la tête dans la baignoire, enveloppée de chaleur, des flux d'eau et de feuilles. Une seule image s'est superposée à la sortie de la projection, pour tenter peut-être de prolonger la perte du cocon vert qui a été brutale une fois les lumières rallumée, cette photo était de M. Be
, Yakushima et ses arbres trésor mondial, c'était il y a longtemps, je m'étais retrouvée par erreur sur le profil blogspot des Itadakimasu et cliqué sur un lien bis et découvert cette seule image. Longtemps mon fond d'écran, disparue avec tous les corps et les biens engloutis cet été dans le naufrage informatique que j'ai connu, elle s'est réimposée à moi ce soir, comme ça, et je suis repartie à sa recherche. Et je l'ai retrouvée.
Au fil de cette recherche, j'ai appris en passant - toujours avec bonheur -que M.Be avait ouvert un photoblog et que Mme Gâ reprenait des aventures, alors ça m'a un peu réchauffé le coeur aussi.
04/11/07
peur ou liberté
"peur : se réveiller dans un train, c’est le soir, un peu gris, beaucoup de bruit, une vibration, les autres gens qui dorment — mais où on va, et si c’est le bon train"
Il dit peur, quand je dis liberté, définition même
je hais le manque financier chronique qui m'étouffe quand je veux voir la mer, respirer à pleins poumons un autre air, celui-ci reste trop collé à mon corps
le panneau des horaires de la gare est la liberté, quelle que soit devenue la sncf à écraser ce genre de conception du voyage
d'une bière ou d'un train, je ferais le même choix
pour dire quelque chose de soi, vraiment de soi : à n'être bien qu'en route
Images : Lawrence Yang ici ou là
28/10/07
Sens, axe, crabe et libre-arbitre !
J'arrive très en retard, je suppose, mais j'ai découvert ça hier, et j'ai trouvé ça génialissime !
La Révolution des Crabes, Arthur de Pins
Et bleu est je
Avant de quitter Remirement, j'avait pris plusieurs photos, très bleues. Le hasard d''un reflet lumineux, qui rencontre aujourd'hui un hasard de lecture.
Alors j'ai croisé certains mots de Michèle Dujardin, en exergue aujourd'hui dans les notes en fuite qui me redonne l'envie de lire quand elle s'affaiblirait. Et j'ai retrouvé les photos qui dormaient.



25/10/07
"L'effet levier, mythe ou réalité ?"
En titre, à peu de choses près l'un des intitulés de mes cours de finances... qui n'ont rien à voir avec les métiers du livre malgré les études que je suis censée faire et donc n'a probablement rien à voir avec ce post, quoique si l'on pousse le raisonenment... non mais j'ai pas vraiment envie là^^
Et pourtant, quand on me parle "économie du livre", ça rentre tout de suite et je me rends compte au passage qu'on oublie trop souvent la chance qu'on a de vivre en France : "Le prix unique du livre, c'est la vie !"
Mais il y en a qui le découvre, qui s'étonne, qui ne comprenne pas, mais alors pas du tout... Il se demande même où est vraiment la question : lire beaucoup, lire mieux, lire ou faire de l'économie ? (merci boingboing) Et soudain la cission qui est mon univers quotidien depuis quelques semaines entre "commerce international" et "métiers du livre", la constatation récurrente que... "on a juste pas la même logique" se dresse devant moi à travers le regard ahuri d'un autre qui interroge ce qui nous parait parfois trop évident.
Il faut lire les commentaires aussi pour comprendre combien le système est original au monde et quelle chance on a sûrement.
Photo issue du journal photographique de Gaël Turpo, comme il est ressourssant de poser mes pas dans ses pas et de voir dans ses yeux.
24/10/07
"La Beauté est dans la rue", Strasbourg et ailleurs
HLM = Hors les Murs, magazine multimédia pour Strasbourg... sous l'égide du slogan sus-nommé mais aussi de quelques mots d'un écrivain portugais, Miguel Torga : "L'universel, c'est le local moins les murs".
Du world wide au coin de la rue, il faut remettre ses yeux en face des trous et regarder devant soi aussi.
De Lille à la place de l'homme de fer, Laurent Geslin et Karim Lebhour traînent désormais à Strasbourg et choisissent que mieux vaut "montrer que demontrer".
Une charte éditoriale claire et nette, des sons, des images, marcher dans la ville qu'on la connaisse ou pas, explorer sa vie et ses bordures, ça donne envie d'éteindre l'ordinateur et de prendre le train.
(via l'actu de Rezo.net, les copains des copains, vous savez bien comment ça marche ici !)
22/10/07
Millénarisme et naïveté, ou la Stratégie des céréales, ou encore "vous ramperez sur vos genoux pour quelques miettes de pain"
Ca fait longtemps que j'avais envie de parler de la tentation millénariste qui plane dans notre air, j'ai trimballé un article dans tous mes déplacements successifs depuis un an, juste pour ça, un article d'un journal tout pourri, de ceux avec toutes le petites annonces en papier pas bien beau, mais il se trouve qu'il y avait dedans un article où Pierre Pagesse, président de Limagrain, dissertait sur les projets du groupe en Asie.
Un article qui faisait peur, étrangement, froidement, comme on vous explique des orientations stratégiques très sérieuses et très pas drôles à lire dans un journal pas fait pour ça, entre un bon de réduction pour la galette des rois et quelques pages d'annonces cochonnes. Je voulais en parler et puis je ne trouvais pas les mots, aujourd'hui j'ai un bon paquet d'heure de Stratégie par semaine, plus des Finances, du Droit stratégique et dès après-demain de la Veille stratégique, et pourtant je ne suis toujours pas sûre de moi.
C'est cet article du Monde de cette nuit qui m'a fait réagir.
Je n'ai jamais caché comprendre parfaitement le frisson qu'il peut y avoir à être de la génération qui verra la fin du pétrole, qui verra le terme des bases de la dynamique de "progrès" opérée jusque là, voire le ressentir moi aussi, quoiqu'avec culpabilité. Parce que toutes les époques ont cru être nées pour voir la fin ou le changement du monde tel qu'elles le connaissaient, parce que toutes les époques ont connu évolutions climatiques et bouleversements technologiques (je n'aurais pas voulu être en hiver sous Louis XIV, je peux vous le dire). Mais on nous dit que c'est différent. Le problème, c'est que l'histoire m'a rendue relativiste.
Reste que les gens mettent leurs billes de côté, misent sur d'autres fronts. On a l'impression que rien n'est fait, mais ça n'est pas possible, question de maintien du train de vie, nul ne veut perdre ce qu'il a, la puissance reste la puissance même sur des bases différentes. En quoi sont faites les armes ? dérivés de pétrole les crosses non ? Des plans B sont prêts, obligatoirement. Si EDF a laissé publié ça, c'est que ça n'est pas grave. On ne dit quelque chose que lorsque ça n'a déjà plus d'importance, que le problème est dépassé, qu'on veux juste de l'argent en plus mais qu'on sait déjà comment on fera, c'est un basique. Provision pour risques en compta, la même chose échelon production. Ou alors on est un abruti. Et j'en doute pour tant d'argent et de pouvoir en jeu. Mais je suis sans doute naïve.
Exemple de plan B (quoiqu'un peu foireux, selon mon avis), Limagrain justement, et leur développement en Asie, source mineure, passée inaperçue, InfoClermont n°1126, si vous voulez tout savoir, je ne sais même pas si c'est le genre de truc à être archivé, ça relève peut-être du dépôt légal mais ça n'est même pas sûr.
Pierre Pagesse donc.
Limagrain donc, groupe "coopératif" lié à Vilmorin et Cie, connu pour ses requêtes et ses tests OGM, la cause des procès de Clermont pour déracinage, ça en cause même au Grenelle. Aux portes de devenir le 3e semencier mondial, déjà le 2e sur les semences potagères, leader européen des semences de jardin, mais surtout, surtout leader européen sur le blé, l'orge, le tournesol, les pois et les fourragères et 4e américain pour le maïs et le soja. Pas mal. Côté CA, ça tape à du 1, 09 milliards d'euros pour 2006 avec une croissance de 5%, dont 6 millions viennent de Chine, inutile de dire que la croissance y dépasse bien les 5%, de loin, et je ne parle pas de l'Inde ou des alliances passées au Japon, ni même des placements au Moyen-Orient. Sans compter que Limagrain est aussi le 1er boulanger industriel français aujourd'hui (mais si, vous voyez... les pains Jacquet, c'est eux) et le leader européen des farines dites "fonctionnelles". Dans ce chiffre d'affaires, il faut conpter que 13% partent en Recherche et Développement, ce qui fait plus de 100 millions d'euros, dont 20% uniquement pour les biotechnologies, le tout finançant quelque chose comme plus de 1 100 chercheurs, à votre avis ils vont où les experts en agronomie et en biologie du pôle universitaire de Clermont I qui a récemment été la 1ère fac de France à adopter l'indépendance prônée par M. Sarkozy ? En gros, c'est pas le n°1 sur le marché, loin de là, y'en a des plus gros devant, mais c'est déjà significatif. Et ils en ont des choses à dire...
Reste donc l'article, les orientations stratégiques prises vers l'Asie. J'ai trouvé M. Pagesse éloquent sur le sujet, ça pourrait être la réplique d'un roman d'anticipation, d'un film catastrophe à mon sens, peut-être ça vous semblera anodin mais dans le contexte actuel où les céréales sont présentées comme le remède ultime contre la pénurie de pétrole, sacs en amidon de maïs et biocarburants à l'appui, dans le contexte de cet été et de la psychose sur le prix du pain dûe à une pénurie à venir de ces mêmes céréales dont on promet tant... je n'ai pas regretté d'avoir gardé l'article.
Voici donc ce que disait en début 2007 M. Pagesse sur les raisons de l'expansion vers l'Asie du groupe (la preuve que ça n'est pas la faute du Grenelle, et que c'est loin d'être de l'actualité) :
"Nous avons cru -sans doute naïvement- pouvoir tout développer à partir de nos recherches en Europe. Aujourd'hui ce n'est plus à l'ordre du jour. Nous allons établir nos recherches aux Etats-Unis, en Inde, en Chine, et ailleurs, peut-être en Australie. Quand l'Europe ouvrira les yeux, nous reviendrons avec notre savoir-faire, et des technologies qui auront fait leurs preuves ailleurs.
L'Union Européenne va perdre ses atouts en terme de recherche, de technologie et pourrait perdre son indépendance alimentaire.
Ce serait une erreur fondamentale de tourner le dos aux technologies et de ne pas le dire aux populations. Ceux qui auront fait des progrès s'en sortiront, et si l'Union Européenne dépend de leurs bâteaux pour manger, ce sera pire. Il ne faut pas oublier que nous devons notre niveau de vie actuel aux investissements de nos parents et grands-parents."
On appelle ça de la "Stratégie" sur le long terme, sur le très long terme.
C'est une communication étrange, passée inaperçue, dans un média non-officiel, du type pas ou peu dépouillé par la veille de la grande presse, ou bien laissé passer parce que d'une évidence limpide pour tous ceux qui ont déjà mis leurs billes de côtés.
Il y a de la naïveté dans ce ton de menace, dans ce discours salvateur contre monnaie sonnante, "dépendre de leurs bâteaux pour manger"...
Du millénarisme.
2020, disent-ils ? Nous verrons bien.
Je suis naïve, je sais, je sais.
