elsia

Des nouvelles de moi, de ce que je fais, de ce que je vois et qui *ring a bell*

28/01/08

Tout le monde devrait regarder 'En route pour la Norvège.' / Absolument. 'En route pour la Norvège' est une bonne émission.

dopplerUne chute de vélo, la mort du père et ses conséquences.
Ou comment Doppler, être masculin norvégien 'normal' tendance bobo, avec vaste compte en banque norvégien, maison rénovée norvégienne, femme norvégienne enceinte, adolescente norvégienne déguisée en elfe et mini-Gregus norvégien mais encore récupérable, se retrouve dans la forêt avec un élan pour meilleur pote.
Ou encore "celui qui acceptait sa misanthropie fondamentale comme premier pas vers une autre vie".

Doppler, roman norvégien épatant de Erlend Loe, aux éditions Gaïa.

Une seule chose à ajouter :
Ne vous moquez pas juste à cause de cette histoire d'élan - Lisez-le, vraiment.

"J’ai fait tant et tant de choses.
Je me suis tellement appliqué.
Je me suis tellement appliqué que c’est à en gerber.

Je me suis appliqué au jardin d’enfants. Je me suis appliqué à l’école primaire. Je me suis appliqué au collège. Au lycée, je me suis abominablement appliqué. Je ne me suis pas appliqué que scolairement, je me suis aussi appliqué socialement. Et je me suis appliqué sans pour autant être un moule à gaufres, sans bachoter, sans me contenter de bosser ce qui était au programme. Car si j’étais appliqué, j’étais parfois rebelle, insolent, j’avais envers mes professeurs un comportement à la limite de l’admissible ; et pourtant, ils m’aimaient plus que les autres, et pour arriver à ça, il faut être appliqué sur un mode incommensurablement immonde, me dis-je aujourd’hui avec effroi. J’ai été appliqué dans mes études universitaires, au cours desquelles j’ai fait la connaissance d’une petite copine super – appliquée, avec qui je me suis marié d’une manière appliquée, entouré d’amis appliqués, après qu’on m’a proposé un job appliqué qui m’a permis de faire un bras d’honneur appliqué aux autres jobs appliqués. Plus tard nous avons eu des enfants, que nous avons élevés de façon appliquée et une maison que nous avons rénovée de façon tout aussi appliquée. Pendant des décennies, j’ai pataugé dans cette mare d’application. Je me suis réveillé dedans, et je me suis endormi dedans. Je respirais l’application et, peu à peu, j’ai perdu la vie. Voilà au train où sont allées les choses, voilà comment aujourd’hui je vois les choses. Que Dieu interdise à mes enfants d’être aussi appliqués que moi. (…) l’application est addictive, on devient applicationo – dépendant. Dès l’instant où l’on est devenu appliqué, il n’y pas de limites à ce que l’on est en état d’accomplir pour continuer de recevoir de la part de son entourage des retours positifs sur l’application dont on a fait preuve. L’application est une spirale qui s’autonourrit, s’autoamplifie, et qui n’éprouve jamais le besoin de connaître l’achèvement.

On peut être appliqué en tant qu’élève et en tant qu’étudiant, puis l’être dans la vie professionnelle, syndicale et associative ; on peut être appliqué dans son rôle de partenaire, d’ami, d’époux, de parent, de consommateur, en fait, il n’y a rien qu’on ne puisse pas faire d’une manière plus appliquée que leselan autres ; on peut vieillir en s’appliquant, on peut être malade en étant appliqué et on peut mourir avec application, ce que j’aurais indubitablement fait si je n’étais pas tombé de vélo et si je ne m’étais pas cogné la tête. Ce qui, désormais, n’arrivera jamais. Je vais mourir sans m’appliquer, et plus jamais je ne m’efforcerai de parfaire quoi que ce soit tant que je vivrai. Dorénavant, je ne vais plus rien parfaire, rien. J’ai parfait pour la dernière fois et je me suis appliqué pour la dernière fois."

Doppler, roman norvégien épatant (bis) de Erlend Loe, aux éditions Gaïa.

Posté par elsia à 17:11 - les goûts et les couleurs - Commentaires [0] - Permalien [#]



« Accueil  1