31/03/07
04/12/06 - "Prisonniers de guerre dans leur propre pays", le confinement des Japonais en Amérique du Nord pendant la 2GM
Je ne sais pas si certains se rappellent, c'était il y a très longtemps, à l'ouverture du blog, j'avais parlé de trois chansons qui m'avaient émue alors. Parmi elles, se
trouvait Kenji de Fort minor, enfin surtout de Mike Shinoda, quelqu'un que j'admire beaucoup autant musicalement que graphiquement.
Kenji évoque la mémoire de sa famille, son grand-père était un "issei" (一世), un immigrant de la première génération à être venue du Japon aux USA. Comme tous ses compatriotes, fin 1941, après Pearl Harbor, on lui a donné le choix : l'armée ou Manzanar.
Retourner au pays pour se battre contre ceux qui sont encore pour lui
les siens, ou un camp de confinement à l'intérieur même du pays où il
croyait avoir été acceuilli sans condition. Mais comme Shinoda le dit
bien, et les témoignages qu'il a insérés dans la chanson surtout, le pire n'a pas été le camp, mais le rejet, le sentiment d'exclusion profonde qui n'avait peut-être pas été tant ressenti, le xénophobisme exacerbé par la guerre, et la violence du retour, l'absence de compréhension, de 'pardon' pour une faute inexistante, pouvaient-ils
être responsables des agissements d'un pays qu'ils avaient justement
quitté, pour suivre un certain rêve américain d'égalité des chances
certainement ? C'est le même problème pour les Allemands et les Italiens, sauf qu'en fait, moins, parce que
physiquement la différence était moins visible, le racisme a été,
semble-t-il, moins violent, faut dire qu'il n'y avait pas eu d'attaque
sur le sol américain non plus, contrairement à Pearl Harbor, mais je
pense personnellement que c'est surtout sur le critère physique, mais
bon c'est mon point de vue.
Je ne sais pas si ce propos avait été bien compris la première fois que j'avais parlé de cette chanson, je n'avais pas développé l'histoire.
Le truc, c'est que j'ai découvert récemment que sur YT, certaines personnes faisaient des choses à la limite du documentaire, des diaporama très bien construits sur de nombreux thèmes, mais sur celui-ci notamment. Certains ont la chanson de Shinoda en fond, c'est frappant. Certains sont même fait pour être utilisés dans un cadre scolaire apparemment (Asian American History,
cliquez, c'est très bien fait, la vidéo va jusqu'à nos jours et couvre
toute l'Asie, donc Vietnam,etc, elle est engagée et aussi assez triste,
mis à part le fond sonore pas forcément le plus adéquat). On trouve
également des témoignages, des jeunes qui ont filmé leurs grand-parents, leurs oncles, des issei qui racontent leur histoire. Bien sûr on trouve également des vidéos en tant que telles, des vrais documentaires, un de la télé canadienne par exemple. Il y a aussi quelqu'un qui a fait un diaporama sur Manzanar en particulier avec des photos d'époque de son
oncle
et dans les commentaires, j'ai été émue parce que cette personne dit ne
pas avoir beaucoup de photos de son oncle qui est mort avant qu'elle
ait le temps de lui poser des questions, de comprendre vraiment
l'importance que ça pouvait avoir. J'ai été très surprise de trouver ce
genre de vidéos sur YT, face à la masse de vidéos 'home made' assez
cruchonnes voire ineptes, de fanvids d'animes et autres trucbidulles
musicaux, ça a vraiment été une découverte au bon sens du terme.
Il existe une autre version de cette vidéo (même bande son mais autres images).
"Kenji", Mike Shinoda.
"My father came from Japan in 1905
He was 15 when he immigrated from Japan
He worked until he was able to buy - to actually build a store"
Let me tell you the story in the form of a dream,
I don't know why I have to tell it but I know what it means,
Close your eyes, just picture the scene,
As I paint it for you, it was World War II,
When this man named Kenji woke up,
Ken was not a soldier,
He was just a man with a family who owned a store in LA,
That day, he crawled out of bed like he always did,
Bacon and eggs with wife and kids,
He lived on the second floor of a little store he ran,
He moved to LA from Japan,
They called him 'Immigrant,'
In Japanese, he'd say he was called "Issei,"
That meant 'First Generation In The United States',
When everyone was afraid of the Germans, afraid of the Japs,
But most of all afraid of a homeland attack,
And that morning when Ken went out on the doormat,
His world went black 'cause,
Right there; front page news,
Three weeks before 1942,
"Pearl Harbour's Been Bombed And The Japs Are Comin',"
Pictures of soldiers dyin' and runnin',
Ken knew what it would lead to,
Just like he guessed, the President said,
"The evil Japanese in our home country will be locked away,"
They gave Ken, a couple of days,
To get his whole life packed in two bags,
Just two bags, couldn't even pack his clothes,
Some folks didn't even have a suitcase, to pack anything in,
So two trash bags is all they gave them,
When the kids asked mom "Where are we goin'?"
Nobody even knew what to say to them,
Ken didn't wanna lie, he said "The US is lookin' for spies,
So we have to live in a place called Manzanar,
Where a lot of Japanese people are,"
Stop it don't look at the gunmen,
You don't wanna get the soldiers wonderin',
If you gonna run or not,
'Cause if you run then you might get shot,
Other than that try not to think about it,
Try not to worry 'bout it; bein' so crowded,
Someday we'll get out, someday, someday.
"As soon as war broke out
The F.B.I. came and they just come to the house and
"You have to come"
"All the Japanese have to go"
They took Mr. Ni
People didn't understand
Why did they have to take him?
Because he's an innocent laborer"
So now they're in a town with soldiers surroundin' them,
Every day, every night look down at them,
From watch towers up on the wall,
Ken couldn't really hate them at all;
They were just doin' their job and,
He wasn't gonna make any problems,
He had a little garden with vegetables and fruits that,
He gave to the troops in a basket his wife made,
But in the back of his mind, he wanted his families life saved,
Prisoners of war in their own damn country,
What for?
Time passed in the prison town,
He wanted them to live it down when they were free,
The only way out was joinin' the army,
And supposedly, some men went out for the army, signed on,
And ended up flyin' to Japan with a bomb,
That 15 kilotonne blast, put an end to the war pretty fast,
Two cities were blown to bits; the end of the war came quick,
Ken got out, big hopes of a normal life, with his kids and his wife,
But, when they got back to their home,
What they saw made them feel so alone,
These people had trashed every room,
Smashed in the windows and bashed in the doors,
Written on the walls and the floor,
"Japs not welcome anymore."
And Kenji dropped both of his bags at his sides and just stood outside,
He, looked at his wife without words to say,
She looked back at him wiping tears away,
And, said "Someday we'll be okay, someday,"
Now the names have been changed, but the story's true,
My family was locked up back in '42,
My family was there it was dark and damp,
And they called it an internment camp
"When we first got back from camp... uhh
It was... pretty... pretty bad"
"I, I remember my husband said
"Are we gonna stay 'til last?"
Then my husband died before they close the camp".
Je vous invite à regarder la vidéo américaine d'époque "Our Enemy : the Japonese" qui a servi de base pour la création de l'excellente vidéo ci-dessus et qui est uploadée en 2 parties sur YouTube : I et II Ce genre de vidéos est toujours très instructif.
Les quelques commentaires qui ont été postés sur l'une comme l'autre
sont très intéressants : sur la première, une citation assez frappante
dont je n'ai pas trouvé de source sûre néanmoins, et sur l'autre, une
comparaison avec la situation actuelle en Corée, la vision donnée des
Nord-Coréens en fait. Dans le même esprit, le comic "How to spot a Jap"..., certes, certes.
En parlant de citations, on en trouve d'assez brutales également sur la très complète page wikipedia consacrée au confinement des Japonais aux Etats-Unis pendant la 2GM, au sein des temoignages qu'on trouve aussi, comme celui de Sam Mitsui, qui est lui un 二世 , un "nisei", il était de la seconde génération, ce qui explique son choc encore plus grand : "“A
Jap is a Jap, citizen or not, they will never change and cannot be
trusted!” This was very disturbing to me. This was the only country
that I knew and cared about, so why was everyone treating us like the enemy? ".
Je vous invite aussi à lire cet article d'un journaliste de Seattle sur le sujet,
il fait des parallèles intéressants sur le climat xénophobe qu'a pu
connaître l'Amérique post-11/11 et les réactions aberrantes qui y ont
été liées.
Bon, les USA se sont excusés, ont indemnisé et des autels de receuillement ont été construits à Manzanar et dans les autres camps. Mais ça
a pas été si évident : il a fallu un certain temps pour que ces actes
aient été reconnus comme des atteintes aux droits de l'homme et surtout
à la liberté individuelle inscrite dans la Constitution américaine
pourtant (ce lien renvoie à la page wiki
sur l'affaire Fred Komatsu contre le Gouvernement Américain, cette
décision de la Cours reste encore très ancrée dans la mémoire de la
communauté américano-japonaise comme un ultime affront). Goerge W. Bush
est le premier président à s'être excusé, avouez qu'il en aura fallu du
temps ! C'est juste
symptomatique une fois de plus de la bêtise humaine en temps de conflit.
Les Français n'ont rien à envier à ce genre de réaction, on le sait
tous, juste que la chanson de Shinoda m'avait vraiment émue et que
j'avais donc envie de développer un peu ce propos. Il est toujours bon
de se rappeler de ce que la peur peut faire ressortir d'intolérance chez des gens normaux ou presque.
En gros, l'intolérance, c'est toujours pas mon truc.
Pour conclure, une dernière vidéo, très positive, sur ce qu'est devenu Manzanar pour la communauté japonaise et asiatique américaine,
sur le travail qui a été fait pour en faire un lieu de pélerinage
décent, ça n'était qu'un terrain vague, pour y faire venir des gens,
pour le faire savoir, de tous, l'importance du souvenir et de sa positivation, surtout après le 11 septembre, on tourne autour des mêmes choses toujours : "Looking at the past, we're also looking at the future."
Pour conclure, sachez que ce genre de vidéos existe pour de très très nombreux sujets historiques, plus ou moins dangereux ou orientés (exemple : recherche sur "Nanking", ...).
Autres liens pour aller plus loin :
Le site du musée du camp de Topaz
Page gouvernementale sur Manzanar, imagée, liens poussés dont une étude sur le camp de Manzanar
La page média de Berkeley sur le sujet (tous les liens sont intéressants)
The Japanese American Archives
Les photos de Adam Ansel prises à Manzanar à l'époque, sur le site de la Bibliothèque du Congrès
Un dossier documentaire sur le sujet
Un article du San Fransisco Chronicles sur les déchirements intimes connus par les Américano-Japonais durant la 2GM
Un autre site avec des témoignages durs venant d'Oraigon
Asian-Nation, site de référence sur les Américains d'origine asiatique, rebrique Histoire.
