27/03/07
04/09/06 - Tout ce qui est petit est mignon, ou pas.
"Hier, on a tué mon chat. Lui et moi avons toujours eu des relations compliquées : il était comme la plupart de ses congénères capricieux et tyrannique, prenait possession de mon fauteuil, de mon lit, semait le désordre dans mes manuscrits, se couchait sur mon cahier quand j'écrivais, boudait la nourriture
que je lui préparais mais me volait mes scones, à l'heure du thé.
Pourtant, je l'aimais. Ou plutôt à cause de ces défauts, terribles à mes yeux mais dont je connais la puissance, je l'aimais. Il posait ses deux pattes sur mes paupières, les soirs où la lassitude me jetait au fond du divan, m'attendait assis derrière la porte lorsque je m'absentais. Il savait faire le pitre comme pas un, jouait les grands fauves pour
m'amuser, progressait à travers mon bureau à la manière des panthères et bondisssait sauvagement sur sa proie : mon pied.
Nous nous sommes fait des scènes, nous avons connu de longues nuits de tendresse, de pleines journées de jeux et de rigolade. J'appréciais sa grâce, son indépendance d'esprit, même si son égoïsme me faisait parfois grincer des dents. Sa belle énergie de chat se révelait dans ses gestes les plus anodins : qu'il saute après les papillons ou se lèche la patte, la magnifique liberté de son corps rayonnait. Il est étendu raide dans la terre de mon jardin et, bien qu'il ne soit qu'une bête, je me console mal de sa disparition.
Si je vous parle de lui, c'est que je connais l'identité de ses assassins : ce sont les enfants du village. Je ne vous raconterai pas
comment ils ont accompli leur forfait, me contentait de vous dire qu'ils l'avait attaché à une petite carriole et prétendait le domestiquer. Je sais que vous n'êtes pas tous des méchants et
que beaucoup d'entre vous ne supporteraient pas les détails de sa mort lente. Apprenez seulement que le crime était signé et croyez moi sur parole.
Hier soir, après l'avoir porté en terre, la seule question que je ne parvenais ni à chasser ni à résoudre était celle-ci : comment des êtres jeunes, gais ( de ma fenêtre je les vois rire, chaque jour) ; comment des gamins charmants et bien nourris, vivant au chaud dans des maisons confortables, ont-ils pu s'abandonner à une telle cruauté ?"
Je passe tous les jours devant une boutique de modèles réduits et depuis ce livre, ça me perturbe atrocement. Virginie Lou écrit remarquablement bien. Ces premières pages parlent d'elles mêmes.
Les photos viennent d'un blog-photo magnifique (et dont j'aime beaucoup l'avatar^^) "The Bitter Girls" que j'ai découvert il y a quelques mois. J'y ai repensé pendant toute ma lecture. Regardez les photos, lisez le livre, puis re-regardez ces photos, c'est troublant et bien plus encore mais je ne voudrais pas vous perturber trop avant la lecture...
Commentaires
Je te préviens pas question d'"attacher mon chat à une carriole"!!!!
ce sont tjs les gamins qui font le plus peur dans les films d'horreur... c'est pas pour rien...
Je l'ai le miniaturiste... Enfin, je l'avais, mais il doit être quelque part dans un de mes cartons en Bretagne... Au fait, comme la dernière fois tu avais grogné que je ne prévienne pas, j'ai rajouté deux chapitre sur fictionpress ^^

